Flux Migratoires – Obock, un laboratoire à visage humain

Publié le 10 septembre 2015

A l’entrée de la ville d’Obock, deux camps se font face. Le premier à droite, celui de Markasi, reconnaissable avec ses tentes frappées du sigle HCR, abrite des centaines de réfugiés qui ont fui les combats au Yémen. A gauche, il y a le centre de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) avec ses hauts murs peints en blancs. L’édifice héberge une dizaine d’âmes. Lesquelles représentent l’infime minorité des centaines de migrants économiques qui ont convergé vers Obock, le point de passage obligé pour se rendre vers les pays du Golfe via le Yémen. Cette migration dans les deux sens a fait de la ville d’Obock un laboratoire à visage humain.

Il est 10 heures du matin à Obock. Et le camp de Markazi grouille de monde. Des dames, vêtues de noir malgré la chaleur, s’affairent devant les tentes portant le sigle HCR. Devant les tentes situées à proximité de l’entrée du camp, de jeunes et de vieux discutent à l’ombre.

Alors qu’on n’est même pas descendu du véhicule, un jeune homme visiblement en colère nous interpelle. Il se nomme Assam. Agé d’une vingtaine d’années, il nous prend à témoin et accuse les travailleurs du HCR de négligence. Ses aînés le rappellent à l’ordre. Puis, le jeune se calme au fil de notre conversation. Assam fustige l’attitude du personnel du HCR qui ne veut pas le rapatrier.

« Vous savez en face de notre camp, nous dit-il, avec un anglais ‘’approximatif’’, pointant du doigt la haute bâtisse blanche de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM). « Eh bien là bas les gens sont encouragés à retourner chez eux et ils leur donnent même de l’argent », ajoute-t-il.

« Ils sont nombreux à vouloir regagner le bled», nous confie ausi Naguib M., originaire de Doubab, la capitale de la région du Bab El-Mandeb, qui a fui les combats avec sa famille.

«Tout a été détruit, il n’y a pas d’hôpitaux, pas d’école, pas d’eau ni électricité », souligne le vieil homme qui retourne sur ses pas pour se mettre à l’abri de la chaleur.

Après avoir prêté une oreille attentive aux unes et aux autres, je me rends au bureau du HCR. J’ai l’intention d’expliquer aux occupants le motif de ma visite.

Une fois franchi la porte, je suis reçu par le responsable des lieux qui m’a livré sa version des faits. Wissam, tel son nom, a mis en exergue les difficultés qu’ils rencontrent avec les jeunes du camp.

« Le problème c’est le khat », commente-t-il. Pour lui, comme pour la majorité des travailleurs onusiens, le khat représente un fardeau supplémentaire pour les réfugiés yéménites. « Ils revendent les maigres produits que nous leur donnons pour ensuite en réclamer d’autres le lendemain », affirme-t-il avec une pointe d’amertume. Cela dit, nous consentons, qu’au Yémen comme à Djibouti, le khat ou Qat, fait partie de la culture, de la tradition.

« Mais pour les jeunes yéménites réfugiés du camp, c’est un fardeau supplémentaire supporté par des familles qui ont tout perdu à cause de la guerre », relève le responsable onusien qui en parfait diplomate reconduit tous les jeunes fougueux.

…De Markasi au centre de l’OIM. L’entretien terminé, je me dirige vers le centre de l’OIM à Obock où je rencontre le responsable, en l’occurrence Ali Al-Jafari. L’homme, qui était en poste au Yémen, a été muté à Djibouti, après le début du conflit qui a embrasé le Yémen.

« Sur les 3000 migrants présents au Yémen avant le conflit, nous en avons rapatrié 2000, en majorité d’origine éthiopiennes et érythréennes », déclare-t-il d’emblée. Il ajoute que «l’OIM se démène pour rapatrier le reste ».

Pour lui, le fait est là, même avec la guerre et la mort au bout du chemin, des migrants arrivent à Obock. Quelque 50 à 100 personnes qui veulent tenter le sort. « Vous avez du les croiser en arrivant à Obock. Ni le gouvernement, ni les agences onusiennes ne peuvent les arrêter, regardez ce que subit l’Europe », avance-t-il.

A l’issue de nos échanges, nous entamons une brève visite du camp. Couchés, sur des cartons ou à même le sol, une dizaine d’êtres humains aux silhouettes squelettiques et aux visages décharnés nous saluent du regard. Al-Jafari me présente Al-Hassan, un cas à part.

Ce nigérien de 32 ans a quitté son Niger natal, il y a des mois de cela, pour terminer son périple à Obock. « Du Niger je suis passé au Tchad puis au Soudan. Du Port-Soudan j’ai pris une barque pour le Yémen via l’Egypte et c’est l’OIM qui ma rapatrié à Djibouti juste après le déclenchement du conflit », reconnaît-il. Le trentenaire remercie l’OIM qui l’a encouragé à rentrer chez lui et à ne pas tenter de nouveau cette aventure périlleuse.

Le responsable onusien et nous-mêmes saluons cette sage décision. Prions pour les autres, conclue notre hôte qui, comme nous, peine à comprendre les motivations qui poussent ces hommes et ces femmes à traverser un pays en guerre.

Arteh

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